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Etudes : luminosité et trajectoire des chauves-souris

Cette année, deux étudiants en M1 de Biologie, Laurie et Nicolas, reprennent les suivis sur une passerelle qui enjambe la rocade de Bourges. L'une va s'intéresser plus particulièrement aux déplacements des rhinolophidés, l'autre à ceux des espèces non cavernicoles en provenance du centre ville. Le but est de comprendre comment ces animaux se sont appropriés le dernier aménagement réalisé en leur faveur : un garde-corps anti-phares installé à la fin de l'hiver, financé par un projet Ambre du Conseil régional du Centre, du Conseil général du Cher, du Setra et de la Ville de Bourges. Aux habituels enregistreurs automatisés qui captent les passages depuis quatre ans vient s'ajouter une antenne de trajectographie de la société Cyberio. Ce matériel peut cette année reconstituer précisément le comportement en vol des espèces "murmurantes" et passe en même temps de nouveaux tests de validation sur le terrain. Les résultats après un mois d'écoute permettent de confirmer l'importance de l'activité lunaire sur les déplacements des animaux et l'efficacité de l'équipement anti-phares. Ce dernier semble bien convenir aux espèces lucifuges car jusqu'à 25 Grands et Petits rhinolophes traversent dorénavant l'aménagement chaque nuit, volant au plus près des deux garde-corps qui les protègent de la lumière des véhicules. Quant au flot des Pipistrelles et des Sérotines, l'antenne a confirmé qu'il émane bien du centre ville de Bourges. Les suivis se prolongeront jusqu'à l'automne.

Etudes : reconstituer la trajectoire de vol

La société grenobloise Cyberio - spécialisée dans les ultrasons - est venue à Bourges pour tester sur le terrain l’efficacité de nouvelles antennes capables de suivre les trajectoires des chauves-souris lors de leurs déplacements. Les essais ont été réalisés autour d’une passerelle enjambant une rocade, un site suivi par le muséum depuis de longues années. Les études réalisées jusqu’au printemps 2012 étaient basées sur l’utilisation d’enregistreurs ultrasonores standard du marché et très récemment à l’aide de caméras infrarouges.

La technique proposée par Cyberio était utilisée jusqu'à maintenant d'une manière très confidentielle dans certains grands laboratoires de recherche sur de grandes antennes acoustiques. Cyberio propose d'une manière innovante le géo-positionnement de chaque cri ultrasonore émis par l’animal, à partir d'une antenne 4 capteurs à très faible encombrement, puis par un traitement informatique qui reconstitue son vol en 3D dans son environnement. Les deux nuits de tests se sont révélées particulièrement prometteuses car cette technique permet réellement de "visualiser par les sons" les chauves-souris sur plusieurs dizaines de mètres pour celles à forte puissance d’émission. L’identification des espèces est facilitée par le fait que chaque cri peut être analysé séparément. Les trajectoires, repositionnées sur des images redessinées de la passerelle, ont permis de découvrir, entre autre, un comportement particulier des Pipistrelles communes que nous n’avions pu mettre à jour avec les autres techniques. Contrairement aux Rhinolophidés et à beaucoup de petits Myotis, cette espèce ne suit guère les palissades implantées pour les guider vers la passerelle en toute sécurité. Les pipistrelles sautent malheureusement souvent allègrement au-dessus des aménagements hauts de 2 mètres pour franchir ensuite la rocade au niveau des voitures. Ce que vient aussi confirmer le nombre élevé de cadavres de pipistrelles retrouvé depuis une quinzaine d’années autour du site, victimes de collisions.

Ces premiers tests grandeur nature des antennes de trajectographies reprendront au printemps, dès la sortie de léthargie des animaux. Dans les mois et les années à venir l’évolution de cette nouvelle technique devrait permettre de lever le voile sur bon nombre de comportements aériens de ces espèces nocturnes, bien au-delà des aménagements routiers. Et ce, sans aucun stress pour les animaux, puisque les scientifiques n’ont besoin que d’une chose, la signature acoustique de la chauve-souris en transit.

Pour en savoir davantage sur les outils développés par la société Cyberio en matière de bioacoustique : http://acounect.fr/wp/
 

Etudes : Quand les chauves-souris croisent les automobiles...

Camille Le Gouil et Stéphanie Goumy, deux étudiantes en Master 1 de Biologie des Universités de Paris 13 et Rennes 1, ont travaillé pendant deux mois sur un secteur de la rocade de Bourges où est installé un prototype de passerelle à chauve-souris. La passerelle qui enjambe l’axe routier a été équipée de part et d’autre en 2011 de 300 m de haies de guidage et de deux palissades en bois canalisatrices de 15 m de long et 2 m de haut.

Le but de l’étude lancée en 2012 était d’étudier les variations des flux de transit des chauves-souris et de cerner le comportement des différentes espèces face à l’évolution de ces aménagements, tout en les comparant aux variations climatiques et naturelles nocturnes.

En utilisant des enregistreurs Anabat, laissés sur place du crépuscule à l’aurore, Camille s’est penchée sur l’incidence de la lumière de la lune sur le comportement des espèces amenées à franchir le dispositif. Il ressort de son étude que les lunes pleines ou fortement lumineuses gênent ou dissuadent les Rhinolophes de tenter le franchissement à découvert et que le groupe des Myotis semble adopter le même type de comportement. Les Pipistrelles communes ou de Kuhl sont quant à elles indifférentes aux variations lumineuses de notre satellite. Cette avancée dans la connaissance du comportement lucifuge de ces diverses espèces pourrait amener des modifications dans la construction des futures passerelles à chiroptères à l’échelle nationale.

Stéphanie, elle, a suivi par caméra infrarouge trois sites différents répartis autour de la rocade de Bourges. Son étude reposait sur l’analyse des vols en basse altitude de trois taxons face à différentes structures paysagères : un long alignement d’arbres bordé de haies longeant la rocade, un tunnel souterrain long de 73 m et haut de 2 m passant sous l’axe routier, et la passerelle prototype décrite plus haut. Il ressort de ses observations que les Rhinolophes se sont montrés comme à l’accoutumée adeptes du rase-mottes pour tous leurs déplacements, que ce soit à découvert ou au sein de la haie et qu’ils évoluaient dans des zones peu ou pas éclairées. Face à des clôtures grillagées hautes de 2 m, le comportement du Petit rhinolophe a été de franchir l’obstacle d’un coup d’aile, reprenant aussitôt son vol au ras du sol. En revanche, en franchissant le tunnel, il a élevé son vol jusqu’à raser les plafonds. Même comportement filmé dans cette longue buse pour les genres Pipistrelles et Myotis.

Malheureusement les conditions météorologiques d’avril et mai n’ont pas permis plus de 10 nuits d’observations, mais la méthodologie de travail et la maîtrise des techniques d’enregistrements sont maintenant bien calées pour les études futures, jusqu’à ce que les plantations aient atteint leur maturité. Nous ne pouvons que remercier nos deux stagiaires pour leur travail et leur motivation permanente. 

Les deux rapports cités sont disponibles à la bibliothèque du muséum de Bourges.

Etudes : Rythme journalier d'une colonie de Sérotines

Equipe de l'AFSSA injectant une puce sur une Sérotine

Cela fait maintenant plus d’un an que le programme de suivi par transpondage (injection sous la peau d’une puce électronique) de plusieurs individus de Sérotines communes est mené dans le Cher par le muséum de Bourges et l’AFSSA Nancy. C’est Liza, une étudiante en thèse, qui a repris le flambeau pour trois années d’études. Actuellement une cinquantaine de femelles issues de trois colonies différentes ont été équipées sur le département. 

La colonie la plus importante, située à St-Amand-Montrond, a déjà donné depuis avril 2009 une foule d’informations. Chaque chauve-souris équipée d’une micro puce passive laisse une sorte de carte de visite informatisée, avec date et heure, chaque fois qu’elle franchit un portique de réception placé sur la route d’envol de la colonie. 20 femelles sur les 24 équipées en 2009 sont revenues en 2010, une information précieuse sur la fidélité au gîte de cette espèce.

Une seconde nurserie donne des résultats inférieurs car la pose d’un portique fixe automatisé n’a pas été possible au sein des combles. Les enregistrements par un récepteur mobile sont moins fiables.

Une troisième colonie, à Baugy, sera équipée d’un portique de détection dans le courant de l’été. Actuellement aucun transfert d’individus d’une colonie à une autre n’a pu être noté, mais en revanche, plusieurs femelles ont disparu sur de longues périodes avant de réintégrer leur gîte habituel, attestant d’une fréquentation d’autres gîtes sur parfois plusieurs semaines.

Cette année les conditions météorologiques désastreuses du début du mois de juin ont conduit les femelles à pratiquement cesser leurs activités de chasse, et ce, sur des périodes atteignant six nuits. Les naissances des Sérotines s’étalant habituellement sur les premiers jours de juin, on peut s’attendre à une très forte mortalité chez les jeunes, les femelles n’ayant plus de lait à fournir à leur petit au moment où ils sont les plus fragiles. Les comptages à l’envol et les récoltes des cadavres au gîte devraient nous indiquer si cette hypothèse est confirmée.

 

Sérotines communes, juvéniles et adultes

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