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Menaces : la cheminée tueuse

En un mois, c’est la troisième chauve-souris victime d’un conduit de cheminée qui est signalée au muséum de Bourges. Ce sont presque toujours des Noctules de Leisler, des Sérotines ou des Pipistrelles qui tombent dans ce type de piège. Ne pouvant escalader les conduits tubés trop lisses, elles finissent généralement dans l’insert, où, sans secours, elles mourront de faim. Il semble bien qu’il y ait un profil de cheminée qui attire les chauves-souris car la quasi-totalité de la vingtaine de cas recensé dans le Cher montre une similitude au niveau du chapeau de la cheminée : elle est de section carrée ou rectangulaire, mais surtout surmontée d’un toit plat. Tout laisse à penser que l’essentiel des chauves-souris piégées disparaissent à la première flambée d’automne sans laisser plus de trace qu’un petit tas de cendre et on peut imaginer que des centaines d’animaux sont ainsi victimes de ce piège à l’échelle du pays. Le profil de la cheminée tueuse étant maintenant établi, il faudrait comprendre ce qui attire les chauves-souris dans ce type de structure et surtout comment remédier à ces captures. Phénomène aggravant pour ces trois espèces, elles sont déjà les victimes les plus régulières des pales des éoliennes.

Menaces : c’est un comble, les chauves-souris bientôt n’en auront plus !

Sérotines dans un grenier

La course aux économies d’énergie est indispensable mais elle entraîne parfois des conséquences non prévues sur d’autres facteurs environnementaux tout aussi sensibles comme la biodiversité. Là où les combles sont parfaitement isolés et tous les ponts thermiques coupés, la nature disparaît faute d’accès aux sous-toitures de nos maisons ou à nos caves suite à l’occultation des soupiraux. Les chauves-souris sont parmi les premières espèces impactées car elles occupent depuis des siècles tous les étages de nos demeures. Cette crise du logement n’est pas nouvelle en Europe et elle est parfaitement connue en Allemagne où est mené depuis 30 ans un programme très volontariste d’isolation des maisons. Les dernières études menées par les biologistes montrent que les centres villes d’outre-Rhin, après avoir perdu les espèces les plus exigeantes, se vident maintenant des colonies des chauves-souris les plus communes comme les pipistrelles, les noctules et les sérotines, pourtant si adaptables et pouvant se glisser dans des anfractuosités de petites dimensions pour y élever leurs petits. En France, vu notre grand retard en matière d’économies d’énergie, les espèces actuellement les plus impactées sont les rhinolophidés qui aimaient à accéder à leur gîte par de larges ouvertures type soupirail ou œil de bœuf. Mais la rénovation des maisons particulières et des immeubles commence également à chasser les noctules et les pipistrelles françaises. Un joint anti-courant d’air, un comblement d’une corniche par injection d’isolant emprisonnent les animaux ou les condamnent à l’exil. Si rien n’est fait, nos bâtiments, après avoir permis à tout un cortège d’espèces d’y trouver refuge, deviendront bientôt des constructions inaccessibles, stériles à la nature. Nous y aurons certes gagné en consommation, mais la part du sauvage aura encore reculé au sein de nos cités. Le phénomène s’étend également aux villages et aux campagnes dans une indifférence généralisée. Un petit espoir subsiste, des expérimentations naissent ça et là pour conserver quelques gîtes, quelques particuliers très motivés s’y emploient également et arrivent à faire rimer limitation de la consommation énergétique et protection des espèces. L’exemple allemand de ce recul du vivant dans les villes devrait nous faire réfléchir car il serait dommage d’avoir dans quelques décennies à être obligé d’investir pour rouvrir en partie nos bâtiments à la faune alors qu’elle ne demande qu’à y rester si nous savons lui laisser une petite place.

Menaces : le papier tue-mouches

De nombreuses chauves-souris se retrouvent malgré elles collées sur du papier tue-mouches et se retrouvent incapables de s'en défaire.
Ce sont les Pipistrelles, les Oreillards et le Murin à oreilles échancrées qui sont le plus victimes de ce piège collant, mais une dizaine d’espèces de chauves-souris ont déjà été récupérées engluées de la sorte.
Si vous posez du papier tue-mouches, enveloppez-le comme sur la photo ci-contre, vous éviterez toutes mauvaises surprises aux mammifères volants.

Menaces : les noyades

Une pipistrelle albinos a été découverte nageant dans une piscine du sud de la France, un piège bien connu pour les chauves-souris qui amerrissent malencontreusement en venant s’y abreuver. Suite à ce bain supposé prolongé, elle a été transférée vers le centre de soins de Camargue. Ce petit mâle montrait comme souvent après des cas de quasi noyade une extrême faiblesse et il est malheureusement mort au centre de soins au bout de deux jours, incapable de s’alimenter tout seul. Ce n’est pas le premier cas de décès suite à ce type d’accident. Une immersion trop prolongée dans l’eau froide pourrait être une des causes directes de la mort, les chauves-souris sont pourtant de très bonnes nageuses et peuvent résister à la noyade en brassant l’eau pendant de longues heures.

Pour les piscines qui ne sont pas couvertes la nuit d’une bâche de protection, le mieux est de laisser dériver en surface un petit radeau en liège qui permettra aux éventuelles naufragées de trouver un perchoir de survie. Soit l’animal sera capable de redécoller de l’esquif comme le font les Oreillards, soit elle attendra sagement sa libération au matin, tenue à hauteur d’homme pour lui faciliter l’envol. N’oubliez pas aussi tous les autres récipients contenant de l’eau : récupérateur d’eau de pluie, seau, bassin… Autant de pièges si on n’installe pas de flotteur ou d’échelle de sortie.

En ce qui concerne ce cas d’albinisme total, il reste exceptionnel chez les chiroptères.

Menaces : les éoliennes

Dans les années 1960 on découvre les premières chauves-souris mortes sous des éoliennes. Ces espèces s’approchent en effet des machines pour des raisons diverses : recherche de nourriture ou d’un reposoir, transit migratoire à hauteur d’hélice ou simple curiosité. Les animaux tués montrent soit des traces de chocs dues à une collision directe avec les hélices, soit des lésions internes liées à des différences de pression aux environs des pales qui peuvent atteindre 250 km/h en vitesse de pointe à leur extrémité. En Europe, les Noctules et les Pipistrelles représentent l’essentiel des cadavres découverts, facteur aggravant, la plupart de ces espèces montrent un comportement migrateur et traversent les champs éoliens européens d’est en ouest deux fois par an.

Les lieux d’implantation d’un parc éolien ont un impact direct sur la faune : les plus dangereux pour les chauves-souris se dressent au sein ou en lisière de massifs forestiers, sur une crête ou un axe potentiel de transit ou de migration. La mortalité varie fortement en fonction des saisons mais aussi entre les éoliennes d’un même site. L’énergie éolienne industrielle va croître fortement dans les décennies à venir : le parc français devant ainsi atteindre 7 600 éoliennes à l’horizon 2030. Ces chiffres apportent un dernier éclairage sur les risques potentiels futurs pour les chauves-souris si aucune solution concrète pour leur protection n’apparaît d’ici là.

Pourtant plusieurs pistes ont déjà été explorées pour concevoir des systèmes d’effarouchement ou de brouillage mais aucune solution satisfaisante n’a encore été découverte pour dissuader les animaux de s’approcher des machines. D’autres projets laissent plus d’espoir, ils consistent à faire baisser la mortalité globale en limitant le fonctionnement des rotors quand le risque s’avère élevé pour les animaux. Ces limitations induiraient une perte financière estimée entre 1 et 4%. Les exploitants et les actionnaires accepteront-ils de perdre une partie de leurs bénéfices pour une cause environnementale ? On pourrait aussi imaginer la mise en place d’une veille permanente automatisée basée sur l’imagerie, les radars ou l’électronique, et ce à l’échelle de l’Union européenne. Des décisions positives prisent par quelques industriels qui soutiennent des projets d’études d’étude ou tentent de limiter les impacts laissent quelque espoir, mais il n’existe pour l’instant aucune obligation légale de tels engagements.

Facteur aggravant, de nouvelles petites machines à hélices commencent à équiper les particuliers ou les collectivités. Avec des mats bien plus courts, elles peuvent représenter un danger cette fois pour les espèces volant à basse altitude comme les Rhinolophes et l’ensemble des petits Myotis. Si la notion de développement durable est à la mode, les concepteurs se gardent bien d’évoquer un quelconque impact sur la faune. Il existe heureusement des éoliennes éco-compatibles, elles ont des hélices encastrées qui protègent les chauves-souris et les oiseaux et adoptent des formes de totems ou de tubes horizontaux.
L’éolien industriel est sans conteste un sujet sensible où se heurtent des enjeux environnementaux comme la réduction du CO2 et la protection de la biodiversité, le tout dans un contexte économique tendu. 

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