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Planète chauve-souris : le Plan Climat, une menace ou un avenir pour les chauves-souris ?

Pour économiser l'énergie, isoler les bâtiments est devenu une nécessité et pour atteindre de bons résultats, il convient de traquer les moindres ponts thermiques, ouvertures mal isolées, ou anfractuosités qui permettent à l'air froid de se glisser derrière nos murs ou par nos huisseries. Ce faisant, on condamne des animaux sauvages qui avaient élu domicile derrière les plaquages des façades d'immeubles ou dans nos combles à devenir des sans domicile ou, pire, à mourir enfermés dans leur gîte habituel. Les chauves-souris, comme les Noctules et les Pipistrelles, sont des habituées des immeubles et ont été déjà victimes des campagnes d'isolation dans de nombreux pays d'Europe. 

A Bourges, où vous savez à quel point ces petites bêtes sont appréciées, nous allons tenter d'intervenir avant les expulsions ou les enfermements. Un programme spécifique d'accompagnement des travaux d'isolation sera mené sur les bâtiments devant être traités dans le cadre du Plan Climat. Ce projet, piloté par l’agglomération Bourges Plus, rentre dans le cadre des TEPCV (territoires à énergie positive pour la croissance verte) financés par le ministère de l’écologie, où il est demandé que la collectivité s’engage à réduire les besoins en énergie de ses habitants, des constructions, des activités économiques, des transports, des loisirs tout en préservant la biodiversité urbaine.

Avec l’expertise du muséum de Bourges, il est prévu de poser préventivement des gîtes artificiels sur les corniches de certains immeubles, puis, lors des travaux d'isolation, de mettre en place des structures adaptées à ces animaux avec l'aide des architectes, des gestionnaires et des services techniques. Le programme débute en 2017 et devrait se dérouler sur plusieurs années. Il concernera dans un premier temps l'habitat collectif. En 20 ans, ce sont plus d'une quarantaine d'immeubles de Bourges et de Saint Doulchard qui ont été recensés comme gîtes à Noctules et à Pipistrelles.


Pour que continuent au cœur des villes les décollages des chauves-souris au crépuscule, il sera nécessaire d’apporter notre savoir-faire.

Planète chauve-souris : chauves-souris vs pyrale du buis ?

Pour le moment les propriétaires de buis regardent avec désespoir leurs massifs ou leurs vieux buis d'agrément se faire peu à peu grignoter par ces petites chenilles vert pomme au corps surligné de bandes noires arrivées d'Asie depuis peu. Les jardins paysagers, ou ceux des châteaux, "à la française", là où les alignements de buis taillés sont autant précieux que présents, sont particulièrement concernés. Les insecticides biologiques ou chimiques, les pièges à phéromones donnent actuellement plus ou moins de résultats et tous ne sont pas inoffensifs vis à vis de l'environnement. Certains observateurs pensent aux oiseaux insectivores pour prélever l'insecte ravageur à l'état de chenille mais bien peu ont encore imaginé ce que pourrait donner la prédation des chauves-souris vis à vis des papillons nocturnes adultes. Une espèce offre un profil vraiment très prometteur dans cette possible lutte biologique naturelle : la Barbastelle d’Europe.

Colonie de Barbastelles

Son joli nom lui vient de l'Italien. C'est une espèce d'une trentaine de centimètres d'envergure. Timide et silencieuse, son pelage est très sombre et ses étranges oreilles se rejoignent au sommet de sa tête anthracite. De toutes les espèces européennes, c'est LA chasseuse de papillons nocturnes : ils représentent 98% des proies capturées. Cette espèce s'est tellement spécialisée dans leur capture qu'elle a développé un système acoustique qui semble avoir évolué pour leurrer les proies en approche. En résumé, la maline Barbastelle envoie des signaux pour faire croire au papillon en vol qu'elle est loin, alors qu'elle est dangereusement proche. La pyrale du buis, avec ses 4 centimètres ailes déployées, pourrait représenter une nouvelle proie très recherchée sur le marché des insectes. De là à imaginer que la chauve-souris puisse avoir un rôle de régulateur sur cette chenille, il n'y a qu'un petit pas. Il serait intéressant dans un premier temps de savoir si autour des colonies de Barbastelle, les buis sont plus épargnés que dans les zones où l'on sait que cette espèce très lucifuge ne chasse pas. Son impact potentiel est facile à cerner car elle prospecte rarement au-delà de 2 kilomètres de son gîte. Et sur un si petit périmètre son action devrait être assez facilement quantifiable. Petit exercice mathématique : une colonie standard compte une vingtaine de femelles, chacune consommant environ trois grammes de papillons chaque nuit... combien de pyrales adultes pourraient être consommées en un été par les escadrilles nocturnes de Barbastella barbastellus? Pourra-t-elle aider à sauver les jardins à la française ?...

Des questions auxquelles le muséum de Bourges va s'atteler dès le printemps prochain sur des zones tests.

Planète chauve-souris : opération Molosses

Silo à grains - Burkina-Faso

En 2013, au Burkina-Faso, dans le village de Koassanga, au nord d’Ouagadougou, un silo à grains, envahi par des centaines de chauves-souris est signalé au muséum de Bourges. Dans ce gros cube de 4m de haut, le guano se mélange aux céréales et pose de gros soucis aux gestionnaires du site. C’est Samuel Kalaydjian, de l’association Koassanga, qui porte un projet d’agriculture maraîchère 100% biologique sur un regroupement de villages qui lance le premier l’alerte.

L’espèce de chauve-souris est  identifiée sur photos avec le concours de l’université d’Ulm en Allemagne. Il s’agit d’un molossidé, Mops condylurus ou Chaerephon pumilus. Pour maintenir la colonie sur place et stopper la pollution des céréales, il est décidé de construire un mur à l’intérieur du silo pour séparer bêtes et semences. Les molosses seront cantonnés dans un espace large de 80 cm pour favoriser la circulation d'air. Des récupérateurs de guano, un engrais naturel gratuit, seront mis en place pour s’intégrer au programme d’agriculture biologique.

Le projet n’est pas simple car les conditions climatiques, tout comme les contraintes sanitaires ou techniques ne sont pas comparables à celles auxquelles nous sommes habitués en Europe. La température peut par exemple monter à plus de 50°C de mars à mai, et les murs traditionnels, en benko, ne supportent pas les ouvertures prévues pour récupérer le guano. Mais les travaux débutent et malheureusement, après la première tranche, la colonie disparaît. Elle ne reviendra qu’à la saison suivante, au grand plaisir des habitants du village qui se sont fortement investis dans la construction du mur.

Une spécialiste en chauves-souris, Malika Kangoye, docteur en biologie de l'Université de Ouagadougou, assure le suivi scientifique sur place. Elle sera le pilier de l’opération pour étudier la colonie mais aussi pour sensibiliser les habitants et les six classes primaires de Koassanga à la protection de ces espèces. Et cela marche, car les chauves-souris sont maintenant perçues d’un autre œil par la population. Le guano est exploité et les villageois sensibilisés à une méthode de ramassage compatible avec des risques sanitaires. Actuellement les femelles de la colonie viennent de faire leurs petits.

Il reste à étudier le régime alimentaire de cette espèce pour savoir si celle-ci joue un rôle de prédation vis à vis des populations d’insectes ravageurs des cultures, ce qui serait un atout de plus pour la conservation des molosses. C’est le premier succès que le muséum de Bourges enregistre dans un pays aussi éloigné en s’inspirant du génie écologique testé sur les colonies d’espèces européennes et l’idée d’équiper d’autres silos avec le même type d’aménagement commence à faire son chemin.

Colonie de Molosses - Burkina-Faso

Planète chauve-souris : le grand abattage

Noctules dans un arbre

Les arbres séculaires, dotés de nombreuses cavités, peuvent être essentiels à la survie de certaines espèces, notamment les chauves-souris. Les noctules en particulier affectionnent les platanes des places de villages, des parcs urbains ou ceux des alignements le long des canaux et des routes.

Pendant l’hiver 2013, un très vieux platane était abattu à Strasbourg. Il servait de gîte d’hibernation à près de 500 noctules communes. Les animaux tombèrent avec l’arbre et les 464 survivantes furent transférées vers un centre de soins, puis relâchées au printemps suivant.

En septembre de la même année, pour l’extension d’un complexe sportif, 29 géants du même âge et de la même essence, tombaient à Bourges. Cette fois, pour éviter  toute mauvaise surprise, un protocole de démontage, permettant de vérifier la présence éventuelle de chauves-souris, était testé par le muséum d’histoire naturelle de Bourges. Il s’agissait de cibler les cavités favorables aux chiroptères sur les arbres sur pied puis de démonter le houppier en tronçons en l’élinguant doucement  jusqu’au sol pour vérifier la présence de chauves-souris dans les anfractuosités. La technique mise au point s’avérant réellement efficace et rapide, elle allait servir de base de réflexion à un groupe national travaillant sur la sauvegarde de ces espèces.

Mais si ce protocole fonctionne lors de l’abattage de quelques arbres, il n’en va pas de même quand le chantier devient pharaonique et en concerne des milliers. C’est le cas du canal du Midi où, sur plusieurs centaines de kilomètres, 42 000 arbres centenaires vont être préventivement abattus car ils sont menacés par un parasite du platane : le chancre doré. Devant l’ampleur de la destruction, les bureaux d’étude, les associations de protection de l’environnement et les organismes scientifiques essayent de limiter l’impact sur les espèces inféodées aux arbres et tentent de développer de nouveaux outils afin de sauver ce qui peut l’être au niveau de la biodiversité. C’est bien le nombre de fûts qui fait problème car face à des abattages à la chaîne, les protecteurs de la nature sont contraints de s’adapter au calendrier et aux contraintes financières du chantier.

Elingage

On pourrait se demander si le platane n’est pas un arbre maudit, car au-delà du canal du Midi se pose aussi depuis quelques années celui des abattages des arbres  le long des routes. Pour des raisons de sécurité routière - même si ce ne sont pas les platanes qui traversent les routes - les préfectures décident ponctuellement la suppression d’alignements d’arbres « à problème ». Les noctules, principales chauves-souris occupant cette essence ont déjà beaucoup d’autres soucis comme celui des parcs éoliens et présentent une espérance de vie parmi les plus courtes de toutes les espèces européennes. Si rien n’est fait pour protéger les platanes, l’un de leur gîte favori, cela augure mal de la capacité de l’espèce à traverser le siècle.

Planète chauve-souris : pourquoi conserver des colonies chez soi ?

Murin à oreilles échancrées sous une avancée de toit
Murin à oreilles échancrées

Les particuliers qui acceptent une cohabitation avec une colonie de chauves-souris le font pour diverses raisons.
Pour certains, guidés par un simple intérêt naturaliste, ils prennent alors un grand plaisir à l’observation de leurs petits hôtes tout au long de leur stationnement estival, connaissent parfaitement  "leur" espèce et les habitudes des petits squatters, notant scrupuleusement les habitudes observées et les changements de comportement. 
D’autres, au départ rétifs à l’idée d’une cohabitation avec un essaim de chauves-souris, se laissent entraîner au fil des ans à partager leurs combles, si tant est que les nuisances sonores et olfactives générées parfois par les chauves-souris de passage soient sous contrôle, ce qui peut demander quelques aménagements. 
 

Cependant, en dehors du bel engagement écologique que constitue le partage d’un espace avec la faune sauvage, la conservation d’une colonie peut déboucher sur d’autres perspectives d’ordre scientifique : la participation à des projets de recherche. C’est le cas dans le département du Cher où près de 1200 colonies ont été recensées par le muséum d’histoire naturelle de Bourges. Une partie de ces nurseries installées chez des particuliers servent aujourd’hui de base à plusieurs projets universitaires.

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