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Le château des chauves-souris
20 janvier 2011 : un appel en urgence du service environnement de la DDT du Cher arrive au muséum de Bourges.
A Culan, aux confins sud du département, un château d'eau presque centenaire est en phase de restauration. Gros souci, à 27 mètres de hauteur, le chef de chantier a tué involontairement deux grosses chauves-souris en cassant à coups de masse le revêtement de briques qui ceinture la cuve. Sa société ayant déjà été confrontée à un problème identique en Lorraine, il décide de prévenir les autorités et le chantier est à l'arrêt. Un spécialiste du muséum se rend le jour même sur place. Les deux victimes sont des Noctules communes, connues pour occuper ce type d'ouvrage d'art. Un peu plus tard, suspendu dans une nacelle, le naturaliste constate la présence de deux autres individus cachés derrière le mur de brique mais peut-être y en a-t-il d’autres.
Après négociations, il est décidé de poursuivre les travaux et une méthodologie est proposée à l'entreprise Resina. La décision de ne pas interrompre le chantier, difficile à prendre, a été dictée par plusieurs facteurs, tout d'abord la confiance ressentie vis à vis du chef de chantier et, de plus, l'occupation à l'année du gîte rendait les travaux périlleux quelle que soit la période. Il faut préciser que la moitié du mur est déjà détruite et rien ne permet de savoir si les chauves-souris sont nombreuses derrière ce qui reste à abattre. A partir de maintenant le démontage se fera en petites découpes de la taille d'une feuille A3, la disqueuse étant réglée pour ne pas blesser les chauves-souris, puis, chaque morceau sera délicatement démonté avec une petite masse.
En tout, 160 bêtes vont être découvertes ! Près de la moitié s'envolera directement mais 81, en profonde léthargie malgré le bruit du chantier, seront acheminées vers le centre de soins de Bourges. Toutes seront relâchées à Culan après nourrissage et une fois le mur tombé : 38 avant la vague de froid de février 2012 et 41 après. Ces derniers animaux, les plus chanceux ont eu droit à un régime spécial de vers de farine pendant trois semaines. Malheureusement, lors de la phase finale du chantier le dernier pan de mur s'écroulait entraînant 15 chauves-souris dans le vide dont 6 survivront à la chute. Deux blessées vont stationner plus longuement au muséum, l'une sera relâchée mi-mars, l'autre le 15 avril.
Le site initial, occupé par presque autant de mâles que de femelles ayant été détruit, un nichoir géant de 2 mètres de haut va le remplacer. Sa mise en place monopolisera beaucoup d'énergie : le syndicat des eaux local et la mairie du Culan vont donner leurs aval, l'IUT de Bourges construira le gîte, une société aéronautique en assurera l'étanchéité, la pose sera faite par Resina, enfin, l'association "Chauve-Qui-Peut" en assurera le coût financier. Aujourd’hui, le château d'eau de Culan est de nouveau capable d'abriter plus d'une centaine de noctules communes et un suivi permettra d'en suivre la recolonisation.
Pour conclure, une première condamnation de l'entreprise par la CPEPESC Lorraine sur un précédent château d’eau où 230 noctules avaient été détruites, a sans aucun doute joué un rôle dans la décision de l'entreprise de prévenir les autorités mais, au fil des semaines, la motivation croissante de l'équipe vis à vis des chauves-souris s'est révélée incontestable. La majorité des animaux ont été placés par leurs soins dans les containers et, lors de la chute du mur, ils ont décidé de rapatrier les animaux blessés vers le muséum. Le bilan, malgré la perte de 11 individus reste à notre avis positif. La sensibilisation de nombreuses personnes résulte de cette aventure qui s'est étalée sur près de trois mois et, si ces grandes chauves-souris acceptent leur nouveau gîte, il est envisagé d'en faire un site de découverte pour l'envol crépusculaire des noctules communes.
Pourquoi conserver des colonies de chauves-souris chez soi ?
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Les particuliers qui acceptent une cohabitation avec une colonie de chauves-souris le font pour diverses raisons. |
D’autres, au départ rétifs à l’idée d’une cohabitation avec un essaim de chauves-souris, se laissent entraîner au fil des ans à partager leurs combles, si tant est que les nuisances sonores et olfactives générées parfois par les chauves-souris de passage soient sous contrôle, ce qui peut demander quelques aménagements.
Cependant, en dehors du bel engagement écologique que constitue le partage d’un espace avec la faune sauvage, la conservation d’une colonie peut déboucher sur d’autres perspectives d’ordre scientifique : la participation à des projets de recherche. C’est le cas dans le département du Cher où près de 900 colonies ont été recensées par le muséum d’histoire naturelle de Bourges. Une partie de ces nurseries installées chez des particuliers servent aujourd’hui de base à plusieurs projets universitaires.
Il n’est pas nécessaire d’abriter des espèces fortement emblématiques pour intéresser les scientifiques. Les 450 colonies de Pipistrelles connues intéressent par exemple les spécialistes du muséum national d’histoire naturelle dans le cadre du projet Vigie-nature. Dans le Cher, l’étude menée est différente du protocole mené ailleurs en France. Deux jeunes étudiants procèdent chaque nuit à des enregistrements sur des parcours préétablis de 30 kilomètres et passent volontairement au cours de leur périple devant des colonies parfaitement localisées. Le croisement des données captées en cours de nuit avec la connaissance précise des emplacements des colonies permettra peut être de définir un schéma prédictif des emplacements de nurseries. Un bel outil qui, reporté sur les autres circuits français, pourra peut-être permette de mieux interpréter les enregistrements et trouver de nouveaux gîtes dans le futur.
www.mnhn.fr/vigie-nature/

Prélèvement de salive
Un autre projet à long terme concerne la Sérotine commune, cette fois dans le cadre du suivi épidémiologique sur la rage des chauves-souris, une maladie qui peut menacer localement cette espèce. Un propriétaire, exemplaire et patient, a attendu quatre ans pour que sa colonie de plus de 150 femelles quitte les arrières des isolations des murs des chambres pour être enfin confinées dans une partie du grenier.
L’étude qui concerne le comportement erratique éventuel des individus a pu débuter au printemps 2009 et une partie des animaux a été dotée de puces émettrices. La sortie du gîte est lui équipé d’un portique électronique qui compte chaque soir le départ et le retour des Sérotines. Outre une meilleure compréhension des habitudes de l’espèce, les biologistes vont dans les années à venir, en apprendre bien plus sur la dispersion éventuelle de cette colonie, la puce émettant tout au long de la vie de l’animal.
Les études
Dernier projet pour cette année, trois étudiants allemands de l’université de Tuebingen étudient quant à eux les émissions acoustiques des chiroptères. Avec un matériel très sophistiqué, une grande antenne de 4m par 4 quadrillée de 16 micros, des logiciels d’analyses des signaux et 2 caméras à infrarouge, ils cherchent à comprendre comment agit la focalisation des cris de chasse des chauves-souris. Ils ne peuvent effectuer leurs suivis que sur des colonies déjà connues de Barbastelle, de Grand rhinolophe et de Noctule de Leisler que des particuliers hébergent chez eux chaque année et acceptent d’ouvrir à leur étude. Ces trois programmes de recherche, ou chaque propriétaire se reconnaitra, va amener dans les années à venir une moisson d’informations permettant de mieux connaître l’écologie et le comportement des chauves-souris. A l’heure où tout un chacun écoute le flux médiatique sur les problèmes écologiques planétaires, certains citoyens se sont ainsi engagés dans une démarche environnementale volontaire très originale : la cohabitation avec une petite partie de la faune sauvage. Ce choix, qui joint la motivation naturaliste à la connaissance environnementale, débouche en plus sur des projets scientifiques. Ces exemples d’éco-citoyenneté ne demandent qu’à se multiplier. |
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